La scripte est s’occupe du respect de la continuité du scénario. On la désigne d’ailleurs aussi sous les termes continuity girl (ou boy). En français le terme est indéterminé (masculin ou féminin) à la différence de l’anglais : script-boy ou script-girl. Il existe un autre terme en anglais : script superviser. Partenaire de la production autant que de la réalisation, elle est considérée comme le bras droit du réalisateur et du directeur de la photographie. Elle tient le journal de la journée, assume les rapports de tirage de l’image, de montage et de production. Elle donne un autre regard sur la direction d’acteur, le découpage ; elle suggère, conseille, et seconde la réalisation sur le plan du sens. En phase de pré-production, son travail est d’établir des rapports sur le script, de fournir des informations essentielles sur chaque scène tel que l’heure de la journée, sa place dans l’histoire, accompagné d’un synopsis. Ces rapports sont utilisés par les différents départements afin de déterminer l’ordre des prises le plus avantageux et assurer que chaque département est synchronisé au niveau de la progression interne du film.

La prise de notes des scripts

La scripte rédige différents types de rapport tels les rapports image, destinés au laboratoire, les rapports de production, et les rapports montage. Ces derniers sont destinés à faire état des différentes prises réalisées pour chaque plans. Élément essentiel du dialogue entre la scripte et le monteur, ces rapports constituent le cadre dans lequel nous allons intervenir.

Le rapport montage est un document standardisé comprenant les informations d’un plan par page. Sur cette feuille est inscrit le numéro de séquence, de plan, le décors, ainsi que différentes informations nécessaires à son identification (titre du film, date et nom du réalisateur), ainsi que diverses données techniques concernant le son et l’image comme la distance, le type de pellicule, le support sonore et le minutage utile. Le descriptif du plan nous intéresse particulièrement, ainsi que la liste des différentes prises suivie des commentaires du scripte et du réalisateur.

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Ces informations destinées au montage sont généralement écrites de manière rapides en cours de tournage. Le scripte est attentif à tout ce qu’il se passe sur le plateau et, en même temps, fournit le maximum d’informations utiles. Il doit nécessairement être bref, rapide et clair. S’il écrit trop, il n’est plus suffisamment attentif à ce qu’il se passe. S’il est concentré sur ce qu’il se passe, il risque d’oublier des détails. Un bon scripte parvient néanmoins toujours à se situer entre ces deux extrêmes.

Néanmoins, certaines techniques permettent de simplifier la prise de notes sur le plateau. Il n’est pas rare que les scriptes prennent des notes personnelles lors du tournage, puis remplissent le rapport montage de manière plus lisible lors d’une pause. Chaque scripte trouve des solutions personnelles afin de prendre rapidement des notes.

Problèmes de transcription

Malheureusement, les systèmes utilisés afin de simplifier la prise de notes ne sont pas toujours les plus opportuns car ils sont confrontés au problèmes de transcription du visuel au textuel. Les mots sont des signes arbitraires : il n’y a pas de lien entre la forme d’un mot et sa fonction. Les images, par contre, partagent une analogie avec les objets qu’elles représentent. C’est pourquoi il n’est pas aisé de décrire une image. « Mis à part les pictogrammes, il n’existe pas de système de notation pour les images, ainsi personne ne peux étaler un vocabulaire des images », expliquait Jan M. Peters. Pour compliquer d’avantage, au cinéma les mouvements ne s’effectuent pas seulement dans un cadre fixe, car lui-même est en mouvement. La tâche est pourtant facilitée par le contexte. Ainsi, lorsque le mot « travelling » est abrégé en « trav. », le monteur ne comprend pas « travail » ou « travesti ».

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Un des problème les plus fréquents est le mouvement de caméra allant de droite à gauche. Le scripte simplifie en « Dr → G », que nous comprenons comme droite vers gauche. Malheureusement la flèche indique visuellement le sens contraire. Dans ce cas, la compréhension du mouvement est correct, mais pas son intuition. La compréhension de ces deux mouvements de caméra est simple, ce sont tous deux des travellings arrières couplés à un panoramique. Mais celui-ci vire tantôt vers gauche, tantôt vers la droite. D’un coup d’oeil, il est difficile d’avoir réellement conscience de leur différence. Visuellement rien ne nous aide : notre cerveau doit traiter l’information linguistique simplifiée « G » et « Dr » afin de comprendre le sens physique du plan. De même, un « Trav. Arr. » demande un temps de réflexion afin que le cerveau ait réellement conscience du mouvement en question : ce n’est pas intuitif.

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Même problème ici : « entrée G » présente une action suivit d’une précision sur le côté où se déroule cette action (à gauche). Malheureusement le « G » est situé à la droite du mot.

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La différence manuscrite entre « G Cadre » et « Dr Cadre » est minime. Par contre, visuellement, c’est l’opposé !

Néanmoins, même dans ce cadre professionnel particulier et avec beaucoup d’entraînement, le mot « travelling » suppose une action se déroulant dans un sens déterminé. Ainsi le mot travelling, même abrégé n’est pas intuitif : il n’est jamais seul, et donc jamais aussi spontanément intégré que le mot « chaise », par exemple, car il doit être additionné d’une direction. Même si nous gagnons du temps à l’écrire, la transcription écrite d’un mouvement de caméra n’est pas intuitive : elle demande une opération mentale. Pourquoi se compliquer la tâche ? Pourquoi ne pas voir le mouvement ou, plus précisément, en voir une version imagée ? Lorsque la scripte prend des notes, elle pourrait aussi dessiner ce qu’elle voit sans nécessairement avoir à créer des storyboards à la Hitchcock, car de simples pictogrammes suffisent.

Des pictogrammes à la place du texte

Les pictogrammes ne sont pas des signes issus de notre alphabet car il y a une relation entre le signe et la chose qu’il signifie : une forme, un sens, voire un but. C’est une image créé dans le but de communiquer rapidement et clairement sans passer par la parole ou l’écrit. « Un pictogramme est un signe visuel », écrivent Rayan Abdullah et Roger Hübner, rappelant que « la perception visuelle occupe de loin la plus grande partie du cerveau humain, à 80% […] ». Sur le terrain, l’usage de pictogrammes pour décrire une image s’est révélé plus efficace que l’usage de l’écrit. Nous avons donc tenté de créer une suite de pictogrammes afi n de satisfaire tous les besoins de la prise de note. Il semblerait que le dicton soit juste : « Une image vaut mieux qu’un long discours… ». Pourtant cela demande un minimum de rigueur afin de gagner du temps. User à l’excès de pictogrammes est inutile : ainsi personne ne connaît tous les sinogrammes, les caractères chinois. L’effectif précis de ceux-ci s’estime à plus de 60 000 ! Pour être plus rapidement compris, un petit texte vaut parfois mieux d’un dessin compliqué.

L’usage d’éléments visuels pour décrire des mouvements de caméra est pourtant très intéressant. Outre un gain de temps à l’écriture, c’est à la lecture que l’usage est significatif. Restant dans un code visuel, les pictogrammes nous évitent de passer par une traduction linguistique. La compréhension est plus rapide, plus intuitive et les erreurs moins fréquentes. Il aurait été plus simple de créer des représentations graphiques sans se soucier de leur écriture manuscrite. Nous avons voulu le contraire, car le but est ici de faciliter la prise de note. Chaque pictogramme devrait donc être facile à dessiner.

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Mouvements

Ci-après des exemples basiques du système que nous formulons. Les pictogrammes sont majoritairement dérivés de l’usage d’un cadre et d’une flèche. Leur dispositions respectives permettent de signifier des mouvements de caméra comme les travellings et les panoramiques.

Travellings :

travelling horizontal droit, travelling horizontal gauche, travelling vertical haut, travelling vertical bas, travelling avant, traveling arrière

Panoramiques :

panoramique horizontal droit, panoramique horizontal gauche, panoramique vertical haut, panoramique vertical bas

Zooms :

zoom avant, zoom arrière

Plongée/Contre-plongée :

plongée, contre-plongée. La plongée est dessinée comme si on voyait le bout de sa chaussure.

Cadres, bord-cadres, hors-champ :

champ, contre-champ gauche, cadre droite, cadre hors-champ gauche, hors-champ droit, centre

Mouvements dans le cadre :

vers la droite, vers la gauche, vers le bas, vers le haut

Sorties et entrées de champ :

sortie de champ gauche, sortie de champ droite

Personnages :

one shot, two shot, three shot

Divers

recadrage, suivit, plan fixe, attention, gauche, droite, haut, bas

Grammaire :

Plus, Fin de paragraphe, Alphabet, Guillemets

Certaines règles sont de mise afin de ne pas créer un amalgame de signes. Une phrase type se compose en premier lieu du cadrage, ensuite des personnages abrégés à une lettre ou du contenu, enfin du mouvement. Rien ne sert d’indiquer si le plan est fixe ou le nombre de personnages si cela n’a pas d’importance. Les phrases peuvent se succéder, mais, si c’est possible, un retour à la ligne est préférable. Si le cadre a changé, un paragraphe peut se terminer par un plan. Une croix indique que les mouvements sont terminés. Une virgule tiendra pour une pause, un point virgule pour une plus longue pause.

cadrage + personnage ou contenu + mouvement + X

Exemples

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Plan pieds de Bernadette et Robert panoramique vers la gauche et sortie de champ de Robert, suivit d’un travelling avant vers un plan américain de Bernadette.

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Plan américain de Robert, travelling vers la droite.

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Plan taille de Bernadette et Marc panoramique vers la droite et entrée de champ droit de Pierre disant « Bonjour! ».

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Plan poitrine de Marc qui se déplace vers la droite suivit d’un travelling dans le même sens et recadrage.

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Plan pieds de Marc et travelling vers la droite et panoramique vers la gauche.

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Plan pieds de Marc et travelling vers la droite, ensuite panoramique vers la gauche.

Cet outil se doit d’être testé à grande échelle sur le terrain afin d’être réellement efficace. Il ne serait pas étonnant de voir la prise de note disparaître, au profit de technologies numérique mobiles. Néanmoins, cette technique pourra également être appliquée dans le monde numérique car elle simplifie grandement la lecture des rapports montage. Un usage excessif de ces pictogrammes ne serait toutefois pas intéressant, car, comme nous l’avons écrit plus haut, elle compliquerait d’avantage le travail. C’est au scripte à se servir de ce qu’il décidera utile dans cette technique de notation.

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